«Tel peuple, tel dirigeant», dit l’adage. Mais l’inverse est aussi vrai : tels dirigeants, tel peuple. L’histoire des nations est largement l’histoire de leurs élites. Ce sont elles qui fixent le cap, qui donnent le ton, qui incarnent les valeurs. Ce sont elles qui, par leur exemple, éduquent ou pervertissent. Le Congo a connu, depuis l’indépendance, une succession de dirigeants dont le bilan est, pour le moins, contrasté. Des nationalistes authentiques trahis par leurs propres frères, des dictateurs cyniques qui ont fait de l’État leur chose, des démocrates de façade qui ont utilisé les urnes comme paravent, des technocrates compétents mais impuissants, des prédateurs sans scrupules,… Le tableau est complexe, mais un trait commun se dégage : la rareté de l’homme d’État. L’homme d’État, pourtant, est une figure universelle. C’est celui qui place l’intérêt général au-dessus de ses intérêts particuliers. Qui pense à long terme, au-delà de son propre mandat. Qui sait que le pouvoir est une charge, non une jouissance. Qui accepte de rendre des comptes. Qui transmet, plutôt que de thésauriser. Pourquoi cette figure est-elle si rare au Congo ? Pourquoi, après soixante ans d’indépendance, l’État est-il encore une proie plutôt qu’un service ? Pourquoi les meilleurs fuient-ils, pendant que les médiocres prospèrent ? Cet essai explore les mécanismes profonds qui ont produit cette pénurie de leadership. Il analyse comment le système néopatrimonial a institué une anti-sélection systématique. Il montre comment les guerres et les accords de paix ont recyclé les criminels en dirigeants. Il décrit la trahison des intellectuels et la démission des forces vives. Et il propose la voie de refondation d’une nouvelle élite, formée dans des institutions d’excellence, soumise à une éthique rigoureuse, protégée des pressions et animée par le seul désir de servir.
(…. à suivre)