Il est des sociétés qui vivent sans État, sans économie développée, sans technologie avancée. Il n’est pas de société qui vive sans valeurs. Les valeurs sont le ciment invisible qui tient ensemble les individus, qui oriente les comportements, qui dit ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est honorable et ce qui est honteux, ce qui est désirable et ce qui est méprisable. Une société en crise des valeurs est une société qui ne sait plus ce qu’elle veut, ce qu’elle croit, et ce qu’elle est. Elle est désorientée, vulnérable, prête à toutes les manipulations. Ses membres ne se comprennent plus, ne se font plus confiance, ne coopèrent plus. Chacun poursuit son intérêt immédiat, dans une indifférence générale au bien commun. Le Congo est aujourd’hui dans cette situation. Les valeurs traditionnelles qui structuraient la vie collective (respect des anciens, solidarité familiale, sens de l’honneur, parole donnée, etc.) ont été érodées par la colonisation, la dictature, l’exode rural, et les guerres. Les valeurs nouvelles que la modernité proposait (liberté individuelle, mérite, démocratie, etc.) n’ont pas été intériorisées, ou l’ont été de manière déformée, comme autant de justifications de l’égoïsme et de la prédation. Ce qui reste, c’est un vide moral, un espace où toutes les conduites se valent, où la seule règle est la loi du plus fort, où le cynisme triomphe. Cet essai se propose d’explorer cette crise des valeurs dans ses manifestations concrètes (l’alcoolisation des hommes, la prostitution des femmes, l’abandon des enfants, la corruption généralisée, etc.). Il cherche à comprendre comment on en est arrivé là. Et il tente d’esquisser les voies d’une refondation éthique, en puisant dans les ressources de la tradition et dans les exigences universelles de la dignité humaine.
(…. à suivre).