Le discours sur l’environnement et le climat est devenu, en l’espace de quelques décennies, l’un des cadres dominants de la pensée politique mondiale. Il a ses prophètes (les experts du GIEC,…), ses textes sacrés (les Accords de Paris,…), ses rituels (les COP,…), ses péchés (l’empreinte carbone,…) et ses indulgences (les crédits carbone,…). Ce discours se présente comme une réponse rationnelle et nécessaire à une crise objectivement mesurable : le changement (réchauffement, dérèglement,…) climatique, l’érosion de la biodiversité, l’épuisement des ressources. Pourtant, derrière cette apparente neutralité scientifique, se cache un champ de bataille géopolitique d’une intensité rare. Les politiques climatiques ne sont en effet pas de simples réponses techniques à un problème physique. Elles sont porteuses d’une certaine vision du monde, d’une certaine conception du développement, et d’une certaine idée de la place de l’humain dans l’univers. Et cette vision, lorsqu’elle est imposée aux peuples du Sud sans débat ni adaptation, peut produire des effets exactement contraires à ceux qu’elle proclame. L’Afrique, et singulièrement la République Démocratique du Congo (RDC), se trouve au cœur de cette contradiction. Dotée du deuxième poumon de la planète, de ressources minérales stratégiques pour la transition énergétique, d’un potentiel hydroélectrique colossal,… elle est à la fois présentée comme une victime du changement climatique et comme une solution potentielle. Mais elle est aussi, et peut-être surtout, la cible d’une nouvelle forme de prédation que sont l’accaparement des terres au nom du carbone, le contrôle des ressources au nom de la transition, l’interdiction du développement au nom de la planète, etc. Cet essai se propose de déconstruire ce discours dominant pour fonder l’écologie de la puissance, ancrée dans les réalités du Sud, soucieuse des générations futures mais ferme sur le droit au développement, exigeante sur la responsabilité mais lucide sur les responsabilités historiques. Une écologie qui ne sacrifie pas l’humain sur l’autel de la nature, mais qui pense leur harmonie dans la durée.
I. L’écologisme comme idéologie : généalogie d’une domination
1.1. Les racines malthusiennes de l’écologie politique. L’écologie politique contemporaine n’est pas née avec le réchauffement climatique. Elle plonge ses racines dans une tradition intellectuelle plus ancienne, celle du malthusianisme, qui a structuré la pensée occidentale sur les rapports entre population, ressources et développement.
1.1.1. Thomas Malthus et la peur du nombre. En 1798, le pasteur anglais Thomas Malthus publie son Essai sur le principe de population. Sa thèse est simple et terrifiante : la population humaine croît selon une progression géométrique (1, 2, 4, 8…), tandis que les ressources alimentaires ne croissent que selon une progression arithmétique (1, 2, 3, 4…). Il en déduit que la population finira nécessairement par dépasser les capacités de production, provoquant famines, guerres et épidémies ; autant de «freins naturels» qui rétabliront l’équilibre par la mort. Cette vision enferme l’humanité dans un carcan mental. Le monde y est perçu comme un système fermé, défini par des ressources fixes et des limites mécaniques indépassables. L’homme y est réduit à ses pulsions les plus élémentaires : une bouche à nourrir, un ventre à remplir, et un prédateur de ressources.
1.2. La renaissance malthusienne au XXe siècle. Les thèses de Malthus, discréditées par l’histoire (la population mondiale a été multipliée par huit depuis sa mort, tandis que le niveau de vie global s’est amélioré), ont connu une renaissance spectaculaire dans les années 1960 et 1970, sous l’impulsion de la mouvance écologiste naissante. En 1968, en particulier, le biologiste Paul Ehrlich publie The Population Bomb, qui prédit des famines massives et un effondrement de la civilisation pour les années 1970 et 1980. La même année, le consultant juridique Albert Blaustein, qui a contribué à la rédaction des constitutions de nombreux pays, suggère que de nombreuses lois doivent être révisées pour limiter la croissance démographique, notamment celles sur le mariage, le soutien familial, l’âge du consentement et l’homosexualité. En 1969, le vice-président de la Fédération internationale pour le planning familial (IPPF), Frédéric S. Jaffe, publie un mémorandum où il cite explicitement l’encouragement de la croissance de l’homosexualité comme l’une des méthodes permettant de réduire le taux de natalité. Le tableau de Jaffe liste des «activités» pour réduire la fertilité : éducation des femmes, taxes sur les naissances, contraception universelle, jusqu’à des propositions dystopiques comme des agents antifertilité dans l’eau ou des permis de procréation. En 1972, le rapport The Limits to Growth, commandé par le Club de Rome, popularise l’idée que la poursuite de la croissance économique mènera inévitablement à un effondrement planétaire. Ce rapport, malgré ses faiblesses méthodologiques et ses erreurs de prédiction, devient une référence pour toute une génération d’écologistes.
1.1.3. Le rapport NSSM 200 : la géopolitique de la peur et de la mort. En 1974, le Conseil de sécurité nationale des États-Unis produit un rapport classifié, connu sous le nom de NSSM 200 (National Security Study Memorandum 200), rédigé sous la direction d’Henry Kissinger. Ce document est d’une clarté glaçante. Il identifie la croissance démographique rapide des pays en développement comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. Pourquoi? Parce que des populations nombreuses et jeunes auront besoin de consommer leurs propres ressources minérales pour se développer. Elles seront moins dociles, plus difficiles à contrôler politiquement, et pourraient former des puissances régionales capables de contester l’ordre établi. Le NSSM 200 préconise donc de faire de la «planification familiale» (un euphémisme pour la contraception et l’avortement) une pièce maîtresse de la politique étrangère américaine. Depuis lors, des milliards de dollars ont été déversés, via des agences comme l’USAID et des fondations comme Ford, Rockefeller ou plus récemment Gates, pour financer des programmes de limitation des naissances en Afrique et en Asie.
1.2. L’écologisme contemporain : continuité et rupture. L’écologisme contemporain se présente souvent comme une rupture avec ce passé malthusien. Il met l’accent sur le changement climatique plutôt que sur la population, sur la justice climatique plutôt que sur la peur du nombre. Mais une analyse plus attentive révèle des continuités structurelles troublantes.
1.2.1. L’équation I = PAT. Le cadre conceptuel dominant de l’écologie politique contemporaine est résumé par l’équation I = P x A x T, où l’impact environnemental (I) est le produit de la population (P), de l’affluence ou richesse par habitant (A) et de la technologie (T). Cette équation, popularisée par Paul Ehrlich et John Holdren dans les années 1970, structure encore aujourd’hui la pensée des grandes institutions environnementales (d’autres équations pareilles sont celle de Bill Gates CO2 = P x S x E x C avec P pour nombre des Personnes, S pour nombre des Services par personnes, E pour énergie par service, et C pour CO2 par unité d’énergie ou encore celle de la Banque mondiale ED = P x C x D où ED signifie dommage environnemental, P pour population, C pour consommation et D pour dommages environnementaux par unité de consommation. Elles sont trois représentations mathématiques et économiques de la «durabilité». Et c’est elles qui donnent le sens précis de la notion de «développement durable»). La logique de cette équation est implacable : pour réduire l’impact environnemental, il faut agir sur P, A ou T. Mais comme la technologie a des limites et que l’affluence est difficile à réduire dans les pays riches, la variable d’ajustement implicite est … la population. Et pas n’importe laquelle : la population des pays pauvres, celle qui consomme le moins mais qui croît le plus vite.
1.2.2. La nouvelle rhétorique : du nombre au mode de vie. Aujourd’hui, le discours a évolué. On ne parle plus ouvertement de réduire la population, mais de «sobriété», de «décroissance», de «transition», de «nouveaux modes de vie». Mais derrière ces mots séduisants se cache souvent la même injonction : celle que les peuples du Sud doivent renoncer au développement industriel qui a permis au Nord de s’enrichir, au nom de la survie de la planète. Comme le dit clairement l’économiste français Serge Latouche, figure de proue de la «décroissance» : il faut décoloniser l’imaginaire du développement. Traduction : il faut convaincre les peuples du Sud qu’ils n’ont pas besoin de ce dont le Nord a eu besoin pour se développer (usines, énergie massive, infrastructures lourdes, etc).
1.2.3. L’hypocrisie structurelle. Cette injonction est d’autant plus difficile à accepter qu’elle émane de pays qui ont bâti leur richesse sur deux siècles d’exploitation intensive des ressources fossiles et de destruction de leurs propres écosystèmes. L’Europe a détruit 90% de ses forêts primaires pour se développer. Aujourd’hui, riche, elle reboise. Mais elle demande à l’Afrique de ne pas toucher à ses forêts. La «dette climatique» dont on parle tant dans les conférences internationales reste une notion abstraite, sans traduction concrète. Pendant ce temps, les mécanismes de marché (crédits carbone, compensation, finance verte, etc.) permettent aux pays riches de continuer leurs émissions tout en achetant à bon compte le droit de polluer.
II. Critique des politiques climatiques dominantes : quand la solution aggrave le problème
2.1. Les paradoxes des politiques climatiques actuelles. Les politiques climatiques contemporaines se présentent comme des réponses rationnelles à une crise écologique objectivement mesurable. Elles affichent pour objectif explicite la réduction des émissions, la transition énergétique et la durabilité des systèmes économiques. Pourtant, une analyse rigoureuse révèle que certaines de ces politiques, malgré leurs intentions affichées, produisent des effets contraires à ceux recherchés.
2.1.1. L’illusion de la réduction des flux. La majorité des politiques climatiques reposent sur l’hypothèse implicite que la crise écologique est avant tout un problème de quantité de flux : trop d’émissions, trop de consommation d’énergie, trop d’extraction de ressources. En conséquence, l’action publique se concentre sur la réduction de ces flux, la substitution de sources, la tarification du carbone, l’optimisation marginale des comportements, etc. Mais cette approche ignore une question fondamentale : celle de la structure du système productif. En effet, peut-on réduire durablement les émissions sans transformer l’organisation même de la production ? Peut-on décarboner sans reconstruire des capacités productives ? Peut-on substituer des sources d’énergie sans assurer la continuité et la densité des flux nécessaires à une société complexe ? L’expérience des dernières décennies montre que non. La désindustrialisation de pans entiers de l’économie occidentale n’a pas réduit la consommation globale ; elle l’a déplacée vers des pays où la production est moins chère et souvent plus polluante. Les émissions baissent dans les statistiques nationales, mais augmentent dans le bilan global.
2.1.2. La substitution technologique sans souveraineté. Une seconde source de difficulté réside dans la logique dominante de substitution technologique. On veut remplacer une source d’énergie par une autre, importer des technologies «vertes» clés en main, externaliser la complexité industrielle. Cette stratégie peut réduire certaines émissions locales tout en affaiblissant la capacité du système à produire de l’ordre de manière autonome. Le résultat est un système plus fragile, plus dépendant, et moins capable d’auto-organisation. Une transition énergétiquement «propre» peut ainsi produire un système structurellement plus vulnérable, donc moins durable à long terme.
2.1.3. La foi dans la coordination marchande. Les instruments centraux des politiques climatiques (taxe carbone, marchés de quotas, signaux-prix, etc.) reposent sur une foi persistante dans la coordination marchande. Or, le marché n’est jamais un principe d’ordre en soi. Il est un mécanisme dissipatif qui peut, au mieux, distribuer un ordre préexistant. Lorsque la tarification climatique fragilise les structures productives locales, accélère la financiarisation, déplace les activités vers des zones moins régulées, elle augmente le désordre global tout en affichant une efficacité locale ou comptable. C’est une illusion d’optimum fondée sur une métrique partielle.
2.1.4. L’asymétrie temporelle. Les politiques climatiques dominantes raisonnent souvent en horizons courts : objectifs 2030, trajectoires 2050, ajustements incrémentaux, etc. Or, la destruction des structures productives est rapide, tandis que leur reconstruction est lente et difficile. Une usine fermée, un savoir perdu, une filière dissoute ne se recréent pas par décret climatique. Les politiques qui ignorent cette asymétrie temporelle produisent des ruptures irréversibles sous couvert de durabilité.
2.2. L’économie politique de la décroissance : une impasse mortelle pour le Sud. Le courant de la «décroissance», qui a gagné en influence dans les milieux intellectuels occidentaux, mérite une attention particulière. Car partant d’un constat juste (les limites physiques de la planète), il aboutit à une conclusion qui, pour l’Afrique, est tout simplement mortelle. En effet,
2.2.1. La logique de la décroissance. En effet, pour les théoriciens de la décroissance (Serge Latouche, Nicholas Georgescu-Roegen, etc.), la solution à la crise écologique est simple : il faut réduire la production, la consommation, l’activité économique. La «sobriété» est ainsi devenue la vertu cardinale, la «simplicité volontaire» l’idéal à atteindre. Ce discours, en apparence généreux (il appelle aussi les riches à réduire leur consommation), a une conséquence implicite dévastatrice. En effet, si tout le monde doit décroître, ceux qui sont en bas de l’échelle doivent renoncer à monter. L’écart entre riches et pauvres se fige ainsi pour l’éternité. En fait, la décroissance ignore la réalité fondamentale qu’il existe un seuil de dignité en dessous duquel la «sobriété» n’est pas une vertu mais une souffrance. Pour un paysan qui n’a pas accès à l’électricité, pour une mère qui ne peut pas soigner ses enfants, pour un jeune sans emploi, la «décroissance» est une insulte. Demander à l’Afrique de décroître, c’est lui demander de renoncer au développement qui permettrait à ses enfants d’aller à l’école, à ses malades d’être soignés, à ses familles de vivre dignement. C’est lui demander d’accepter la pauvreté comme horizon indépassable.
2.2.2. Le piège de la «justice climatique». Le discours de la «justice climatique» est, sous cet angle, particulièrement pervers. Il nous place en position de victimes et de mendiants. Le récit est le suivant : «Pauvres Africains, vous êtes les premières victimes du changement climatique dont vous n’êtes pas responsables. Nous, pays riches et coupables, allons vous aider. Nous allons créer un Fonds vert pour vous aider à vous adapter et à financer votre transition». Mais de quoi s’agit-il vraiment? D’une part, on nous assigne un statut de victimes impuissantes, ce qui nous place en position de récipiendaires, pas d’égaux. D’autre part, l’«aide» est conditionnée à notre renoncement à l’industrialisation. Les financements verts ne financent jamais des aciéries ou des centrales nucléaires ; ils financent des projets «durables» (low-tech, petits panneaux solaires – soit des nouveaux Appropriate technology ou Technologie intermédiaire -, agriculture biologique, etc.), qui nous maintiennent dans la dépendance énergétique et technologique. Et le plus tragique est que beaucoup d’Africains attendent encore cette «justice climatique» comme on attendrait une réparation légitime. Ils espèrent que les promesses de financement se concrétiseront, que les transferts de technologie auront lieu, et que la dette climatique sera enfin payée. Cette attente est vaine. Non pas parce que les pays du Nord sont méchants, mais parce que la logique du système international n’est pas une logique de réparation. Personne ne nous doit rien. Les promesses des COP restent des promesses. Les fonds annoncés restent virtuels. Et pendant ce temps, nos forêts sont pillées, nos terres accaparées, et nos minerais exportés. Le temps n’est plus à l’attente. Il est à la construction de nos propres conditions de survie et de vie prospère.
III. Fondements d’une écologie de la puissance
3.1. Repenser le développement : du durable au soutenu et harmonieux. Le concept de «développement durable», tel qu’il est utilisé aujourd’hui, est devenu un fourre-tout idéologique qui sert souvent à justifier l’inaction ou à masquer des politiques de stagnation. Il est temps de le redéfinir radicalement.
3.1.1. Développement durable ou développement soutenu ? La confusion commence par le mot lui-même. En français, «durable» évoque la durée, la pérennité. Mais dans l’usage courant, il a été capturé par une conception statique à savoir un développement qui ne dégrade pas l’environnement, qui reste dans les limites planétaires. Cette conception est celle de la préservation, pas de la construction. Or, pour les pays du Sud, le développement n’est pas d’abord une question de préservation, mais de création. Il s’agit de construire des infrastructures, d’industrialiser, d’éduquer, de soigner, etc. Un développement qui ne permettrait pas cette construction serait un non-développement. Conscient de cela, nous proposons donc de substituer au concept ambigu (et devenu presque orwellien) de «développement durable» celui de développement soutenu et harmonieux. Soutenu, parce qu’il doit pouvoir se poursuivre dans la durée, s’auto-entretenir, et se reproduire (néguentropique est-il donc). Harmonieux, parce qu’il doit intégrer toutes les dimensions de la vie collective (économique, sociale, culturelle, environnementale, etc.) sans sacrifier l’une à l’autre.
3.1.2. La capacité d’organisation comme critère fondamental. Le vrai critère d’un tel développement, c’est-à-dire d’un développement réussi, n’est pas le niveau de PIB, ni même le taux d’émissions, mais la capacité d’organisation d’une société. Une société qui sait organiser l’énergie, la matière, l’information, et les hommes pour produire des structures durables (= capable se poursuivre dans la durée, s’auto-entretenir, et se reproduire), voilà une société qui se développe. Cette capacité d’organisation a plusieurs dimensions. Elle est la capacité à mobiliser l’énergie sous des formes denses et continues ; la capacité à transformer la matière en produits complexes ; la capacité à accumuler et transmettre le savoir ; la capacité à coordonner les actions collectives ; ainsi que la capacité à se protéger des perturbations externes. Il est important de souligner ici qu’aucune de ces capacités ne peut être durable sans souveraineté. Une société qui dépend de l’étranger pour son énergie, sa technologie, sa finance, est une société vulnérable. Sa capacité d’organisation peut être neutralisée, détournée, retournée contre elle par des forces extérieures. La souveraineté n’est donc pas un luxe, ni un nationalisme étroit. Elle est la condition de possibilité d’un développement qui ne soit pas constamment remis en cause par des décisions prises ailleurs.
3.2. Les piliers d’une écologie souveraine. Une écologie digne de ce nom doit reposer sur des piliers solides, qui ne sacrifient pas le développement à la préservation, mais qui pensent leur articulation dans la durée.
3.2.1. La densité énergétique comme exigence première. Toutes les énergies ne se valent pas. Le solaire photovoltaïque et l’éolien sont des énergies intermittentes et diffuses, utiles pour l’électrification rurale décentralisée, mais structurellement incapables d’alimenter une industrie lourde (aciéries, cimenteries, chimie, transport ferroviaire, etc). Une écologie souveraine exige des énergies denses, continues, et maîtrisables (l’hydroélectricité massive, le nucléaire, et pour la transition, les hydrocarbures). Ce sont ces énergies qui permettent de construire et de faire fonctionner les infrastructures complexes qui sont le socle d’une société développée. Pour la RDC, cela signifie une priorité absolue à l’achèvement du Grand Inga, capable de fournir une énergie propre, abondante et bon marché à tout le pays. Cela signifie aussi la relance du programme nucléaire civil, pour maîtriser l’atome comme l’ont fait toutes les grandes puissances. La continuité est ici un principe indispensable. Car les systèmes complexes ne supportent pas les ruptures brutales. Une transition énergétique qui fermerait des capacités productives avant d’en avoir construit de nouvelles serait une transition vers la désorganisation. Le principe de continuité doit donc guider toute politique : on ne détruit que ce qu’on a déjà reconstruit ailleurs. On ne renonce à une source d’énergie que lorsqu’on dispose d’une alternative fiable, maîtrisée, souveraine.
3.2.2. La maîtrise technologique et la construction des capacités productives. Importer des technologies clés en main, sans capacité de reproduction, de maintenance, d’adaptation, c’est se condamner à une dépendance perpétuelle. Une écologie souveraine exige de maîtriser les chaînes technologiques, de la production d’énergie jusqu’aux biens complexes. Cela implique un investissement national massif dans la recherche, la formation, et l’industrie. Cela implique aussi de conditionner les investissements étrangers à des transferts de technologie réels, mesurables, et vérifiables. Dans cet élan, la priorité n’est pas de réduire les émissions, mais de construire des capacités productives qui permettront, à terme, de produire plus avec moins. Une aciérie moderne émet moins de CO2 par tonne d’acier qu’une aciérie ancienne. Une centrale nucléaire émet infiniment moins qu’une centrale à charbon. Investir dans la modernisation de l’appareil productif est donc la meilleure politique climatique. C’est aussi la seule qui soit compatible avec le droit au développement des peuples du Sud.
3.2.3. L’éducation et la culture comme matrices. Une société désorganisée, fragmentée, sans projet commun est structurellement incapable de gérer durablement ses ressources. L’éducation (au sens large, pas seulement la scolarisation) est la condition de la coordination collective. La culture (au sens de vision partagée du monde) est la matrice qui oriente les choix collectifs. Investir dans l’éducation et la culture, c’est investir dans la capacité d’organisation à long terme. Très tôt, et pertinemment, les jeunes générations doivent être formées aux enjeux écologiques pour un mode de vie sain, pour des luttes non idéologiques, mais aussi pour savoir penser par elles-mêmes les enjeux écologiques du monde sans les séparer de ceux de la nécessité du développement et ceux géopolitiques. Les questions fondamentales auxquelles au moins tous les africains (et en particulier les congolais) doivent avoir des réponses sont celles de savoir : Quelle est notre vision du développement? Veut-on reproduire le modèle occidental, ou inventer notre propre voie? Quelles sources d’énergie privilégier pour assurer à la fois le développement et la protection de l’environnement? Comment concilier la préservation de la forêt avec les besoins des communautés locales? Comment éviter que les mécanismes de protection ne deviennent des instruments d’accaparement? Comment faire en sorte que l’exploitation des minerais stratégiques profite d’abord aux populations locales? Comment intensifier la production agricole tout en préservant les sols et la biodiversité? Quelle stratégie adopter face aux pressions des pays industrialisés et des institutions financières internationales? Comment développer une recherche scientifique endogène sur les questions écologiques? Comment former les jeunes générations à une écologie qui ne soit ni un dogme ni un renoncement?
3.2.3. Les implications pour les politiques publiques. Ces principes ont des implications concrètes pour l’action publique. La première exigence est de dire non aux mécanismes qui transforment la terre, la forêt, les ressources en actifs financiers au service d’intérêts étrangers. Cela implique l’annulation de tous les contrats de crédits carbone signés dans l’opacité avec des sociétés privées ; le refus des mécanismes de compensation qui permettent aux pays riches de continuer à polluer en achetant le droit d’émettre ; la protection du foncier contre l’accaparement par des fonds d’investissement ou des États étrangers ; ainsi que le contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques. La deuxième implication est le devoir de négocier d’égal à égal. Le discours de la «justice climatique» nous place en position de victimes. Il faut renverser la logique. Ce ne sont pas nous qui mendions une aide ; ce sont eux qui ont besoin de nos forêts pour absorber leurs émissions. La position de négociation doit être claire : nos forêts, notre biodiversité, notre potentiel de séquestration du carbone ne sont pas à vendre. Ils peuvent être loués, mais le loyer n’est pas de l’argent (qui de toute façon ne nous parviendra jamais) mais des transferts de technologie, des infrastructures, des capacités industrielles, etc. La troisième implication est la nécessité d’investir dans la recherche et l’innovation. La solution aux problèmes écologiques ne viendra pas du retour en arrière, mais du progrès technique maîtrisé. Il faut investir massivement dans la recherche sur les énergies propres, les matériaux nouveaux, et les procédés industriels efficients. Pour la RDC, cela signifie la création d’instituts de recherche dédiés, le développement de filières de formation scientifique et technique, ainsi que des partenariats internationaux équilibrés. La quatrième implication est la nécessité de planifier à long terme. Une écologie de la puissance ne peut pas se contenter de réagir aux crises ou d’ajuster des politiques à la marge. Elle exige une planification stratégique à long terme, sur 20, 30, 50 ans. Cette planification doit intégrer toutes les dimensions (énergie, industrie, agriculture, transports, urbanisme, éducation, santé, etc). Elle doit être suffisamment flexible pour s’adapter aux circonstances, mais suffisamment contraignante pour ne pas être remise en cause à chaque alternance politique. Enfin, la cinquième implication est la nécessité d’articuler développement et environnement. Il n’y a pas de contradiction fondamentale entre développement et protection de l’environnement, lorsque le développement est bien pensé. Une agriculture intensive sur des surfaces limitées permet de préserver les forêts. Une industrie moderne, avec des normes strictes, pollue moins que des activités artisanales dispersées. Des villes denses et bien conçues réduisent l’empreinte écologique par habitant. L’objectif n’est pas de ne pas produire, mais de produire mieux, avec moins de gaspillage, moins de pollution, et plus d’efficacité.
IV. La RDC face aux défis écologiques : potentiel, menaces, stratégies
4.1. Le paradoxe congolais : poumon du monde, peuple affamé. La RDC est le théâtre du paradoxe écologique le plus flagrant de la planète. Avec ses 155 millions d’hectares de forêt tropicale (le deuxième massif forestier du monde après l’Amazonie), elle est un régulateur climatique essentiel. Ses tourbières, récemment découvertes, stockent des quantités colossales de carbone. Sa biodiversité est l’une des plus riches de la planète. Pourtant, le peuple congolais est l’un des plus pauvres du monde. La majorité de la population n’a pas accès à l’électricité. La déforestation progresse, non pas à cause de l’industrie, mais à cause de la pauvreté : les paysans pratiquent l’agriculture sur brûlis, les citadins cuisinent au charbon de bois. Ce paradoxe n’est pas une fatalité. Il est le résultat d’une histoire de prédation et d’une absence de vision stratégique. Mais il est aussi une opportunité de construire un modèle de développement qui intègre la préservation du patrimoine naturel comme un atout, pas comme une contrainte.
4.2. Les menaces : l’écocolonialisme en action. La RDC est aujourd’hui la cible de plusieurs formes d’écocolonialisme. La première forme de l’écocolonialisme est celle du colonialisme carbone. Des sociétés privées, souvent basées dans des paradis fiscaux, signent des contrats avec l’État congolais pour «protéger» des millions d’hectares de forêt en échange de crédits carbone qu’elles revendent sur les marchés internationaux. Ces contrats, négociés dans l’opacité, privent les communautés locales de l’accès à leurs terres sans leur apporter de bénéfices réels. Le cas de l’accord «Blue Carbon» au Zimbabwe, qui a transformé des communautés entières en intrus sur leurs propres terres, est un avertissement pour la RDC. La deuxième forme de l’écocolonialisme est l’accaparement des terres (land grabbing). Des États-investisseurs (Chine, pays du Golfe) et des fonds d’investissement cherchent à acquérir des terres agricoles, non pas pour nourrir les populations locales, mais pour sécuriser leur propre approvisionnement ou pour spéculer. La réforme de la loi agricole, si elle n’est pas encadrée par des garde-fous stricts, pourrait ouvrir la voie à un accaparement massif des terres arables congolaises. La troisième forme de l’écocolonialisme est la financiarisation de la nature. La tendance à transformer la nature en actifs financiers (crédits carbone, obligations vertes, banques de biodiversité, etc.) est une menace sournoise. Elle réduit des écosystèmes complexes à des métriques simplistes, et elle transfère le contrôle de ces écosystèmes des communautés locales aux marchés financiers. Enfin, la quatrième forme de l’écocolonialisme est l’apartheid énergétique. Le discours dominant sur la transition énergétique, en diabolisant les énergies fossiles et en rendant difficile le financement des grands barrages, enferme l’Afrique dans une forme d’apartheid énergétique. On nous propose du solaire pour recharger nos téléphones, mais on nous refuse les moyens de construire des industries.
4.3. La stratégie écologique souveraine pour la RDC. Face à ces menaces, une stratégie écologique souveraine doit être construite. Pour cela, nous pensons qu’il faut, primo, reprendre le contrôle de la forêt congolaise. Cela implique l’audit et la renégociation de tous les contrats de conservation et de crédits carbone ; la cartographie précise des droits coutumiers et la sécurisation des terres des communautés ; le développement d’une filière forestière nationale, avec transformation locale du bois ; la recherche sur la pharmacopée et la biodiversité, pour que les bénéfices de l’exploitation restent au pays, etc. Secundo, il faut bâtir une souveraineté énergétique. La priorité énergétique claire est celle d’achever le Grand Inga pour fournir une énergie propre, abondante et bon marché à tout le pays. Parallèlement, il faut développer un programme nucléaire civil pour maîtriser l’atome ; et utiliser les hydrocarbures pour la transition, en les transformant localement. Cette stratégie doit être couplée à une politique industrielle ambitieuse. L’énergie d’Inga doit servir d’abord à alimenter des industries congolaises, pas à être exportée. Tertio, il faut développer une agriculture intensive et durable. En effet, pour protéger la forêt, il faut intensifier l’agriculture (et non l’extensifier). Car plus on produit sur des surfaces limitées, moins on a besoin de défricher. Cela implique la mécanisation de l’agriculture ; l’utilisation raisonnée d’engrais (produits localement à partir du gaz du lac Kivu) ; le développement de semences adaptées ; la formation des agriculteurs ; l’organisation des filières ; etc. Quarto, il faut construire des villes durables. L’urbanisation massive est une réalité. Plutôt que de la subir, il faut l’organiser. Des villes denses, bien conçues, avec des transports publics efficaces, ont une empreinte écologique par habitant bien moindre que l’étalement urbain anarchique. Enfin, quinto, il faut investir dans l’éducation et la recherche. La solution aux problèmes écologiques ne viendra pas de l’extérieur. Elle viendra de nos propres ingénieurs, de nos propres chercheurs, de nos propres inventeurs. Investir dans l’éducation scientifique et technique est donc la priorité des priorités.
V. Pour une économie politique écologique souveraine
5.1. Refonder le rapport entre économie et écologie. L’opposition entre économie et écologie est une construction idéologique. Dans une perspective de long terme (civilisationnelle), les deux sont indissociables : une économie qui détruit ses bases naturelles n’est pas viable, et une écologie qui ignore les besoins humains n’est pas tenable. L’activité économique, dans son essence, est une activité d’organisation. Elle prend de l’énergie et de la matière, les transforme, les combine, les distribue pour satisfaire des besoins humains. Cette organisation peut être plus ou moins efficace, plus ou moins durable, plus ou moins équitable. Le vrai critère n’est pas la quantité d’énergie consommée, mais la qualité de l’organisation produite. Une société qui gaspille son énergie dans des activités non productives, dans la spéculation, dans la corruption, est une société qui, même avec beaucoup d’énergie, produit peu d’ordre durable. Le PIB est une mesure grossière, qui additionne sans distinction activités productives et activités destructrices, qui ignore la dégradation du patrimoine naturel, qui ne dit rien de la répartition. Il faut construire d’autres indicateurs, qui intègrent la qualité des infrastructures ; l’état des écosystèmes ; la santé de la population ; le niveau d’éducation ; la cohésion sociale ; ainsi que la capacité d’innovation. Dans cette perspective, l’État n’est pas un simple régulateur des marchés, ni un correcteur des externalités. Il est l’architecte en chef de l’organisation collective. C’est lui qui fixe le cap, qui planifie le long terme, qui oriente les investissements, et qui garantit la cohérence d’ensemble. Cela ne signifie pas le retour à l’État bureaucratique et inefficace du passé. Cela signifie un État stratège, compétent, visionnaire, capable de mobiliser les énergies privées sans se laisser dicter sa conduite.
5.2. Les instruments d’une politique écologique souveraine. Une politique écologique digne de ce nom ne peut pas se contenter de réagir aux crises ou d’ajuster des paramètres à la marge. Elle doit être fondée sur une planification stratégique à long terme, qui intègre les besoins énergétiques du pays pour les 30 prochaines années ; les infrastructures nécessaires ; les filières industrielles à développer ; les formations à mettre en place ; ainsi que les normes environnementales à respecter. Cette planification doit être suffisamment souple pour s’adapter aux circonstances, mais suffisamment contraignante pour ne pas être remise en cause à chaque alternance. En outre, la fiscalité peut être un instrument puissant pour orienter les comportements, à condition de ne pas pénaliser les plus pauvres. Une fiscalité écologique bien conçue doit taxer les activités polluantes et la spéculation ; détaxer les activités productives et l’investissement ; être progressive, pour ne pas peser sur les plus défavorisés ; et être transparente, pour que les citoyens sachent à quoi sert l’argent. La régulation des investissements est un autre instrument décisif. En fait, tous les investissements ne se valent pas. Un investissement qui apporte des technologies, forme des ingénieurs, crée des emplois durables, n’a pas le même effet qu’un investissement purement extractif. L’État doit donc filtrer les investissements étrangers, en fonction de critères clairs comme le transfert de technologie, la création d’emplois locaux, le respect des normes environnementales et sociales, ainsi que la contribution à la souveraineté nationale. Enfin, la recherche et l’innovation. Car la solution aux problèmes écologiques ne viendra pas du retour en arrière, mais du progrès technique maîtrisé. Il faut donc investir massivement dans la recherche publique, dans la formation de chercheurs, et dans le développement de technologies.
5.3. Les alliances nécessaires. Aucun pays ne peut, seul, faire face aux défis écologiques globaux. Des alliances sont nécessaires. Les pays qui possèdent les grands massifs forestiers tropicaux (Brésil, Indonésie, RDC, Gabon, etc.) ont des intérêts communs. Ils devraient s’organiser en un cartel des puits de carbone, pour négocier collectivement les conditions de la préservation de leurs forêts. Ce cartel ne vendrait pas des crédits carbone à la découpe. Il louerait, collectivement, le service de régulation climatique rendu par ses forêts. Le loyer ne serait pas de l’argent, mais des transferts de technologie, des infrastructures, des annulations de dette. En outre, la transition énergétique mondiale repose sur des minerais (cobalt, lithium, terres rares, etc.) dont la RDC possède une part significative. Les pays producteurs devraient s’organiser pour fixer des prix minimaux, exiger une transformation locale, contrôler les flux, etc. Enfin, les pays du Sud ont des intérêts communs face aux tentatives de domination écologique du Nord. Ils doivent coordonner leurs positions dans les négociations internationales, partager leurs expériences, mutualiser leurs recherches, etc.
Conclusion : Le choix de la puissance
L’écologie ne peut pas être un prétexte à la stagnation, à la dépendance, à la pauvreté. Elle doit être un levier de puissance, de dignité, d’espérance et de prospérité. Pour la RDC (pour l’Afrique en fait), cela implique le quintuple choix de refuser l’écocolonialisme sous toutes ses formes — les crédits carbone qui privatisent la forêt, l’accaparement des terres qui dépossède les communautés, l’apartheid énergétique qui interdit l’industrialisation, le discours de la décroissance qui fige les hiérarchies mondiales ; d’affirmer le droit au développement comme droit fondamental — un développement qui ne signifie pas la reproduction du modèle occidental de gaspillage et de prédation, mais la construction d’un modèle propre, adapté aux réalités, soucieux des générations futures ; de construire une écologie de la puissance, fondée sur la maîtrise de l’énergie dense, la transformation locale des ressources, l’investissement dans l’éducation et la recherche, la planification stratégique, la souveraineté technologique ; de négocier d’égal à égal avec les puissances mondiales, non pas en position de victimes, mais en position de partenaires qui ont quelque chose à offrir (des forêts qui absorbent le carbone, des minerais stratégiques, un potentiel énergétique colossal, etc.) ; ainsi que d’investir dans l’avenir (dans les enfants, dans les écoles, dans les laboratoires, dans les infrastructures) plutôt que de gaspiller les ressources dans la consommation immédiate ou la corruption. Le défi est immense. Les forces de la prédation sont puissantes. Mais l’enjeu est à la hauteur. Il s’agit de la survie et de la dignité de millions d’êtres humains, de la préservation d’un patrimoine naturel unique, de la construction d’un ordre mondial plus juste et plus durable. L’heure n’est plus à l’attente, aux lamentations, aux faux espoirs de justice climatique. L’heure est à l’organisation, à la construction, à la lutte. L’heure est à l’écologie de la puissance.
Annexe : Glossaire des concepts clés
|→ Colonialisme vert : Forme contemporaine de domination qui utilise les préoccupations environnementales pour justifier le contrôle des ressources et des territoires des pays du Sud. |→ Crédits carbone : Instruments financiers permettant à des émetteurs de polluer de compenser leurs émissions en finançant des projets de réduction ailleurs. Ils sont souvent accusés de créer un marché de l’indulgence climatique. |→ Décroissance : Courant de pensée qui prône la réduction de la production et de la consommation comme solution à la crise écologique. Il est critiqué pour son ethnocentrisme et son indifférence aux besoins des populations pauvres. |→ Densité énergétique : Quantité d’énergie par unité de surface ou de volume. Les énergies fossiles et nucléaires ont une densité élevée, les énergies renouvelables une densité faible. |→ Développement soutenu et harmonieux : Concept proposé en alternative au «développement durable», mettant l’accent sur la capacité à se reproduire dans la durée et à intégrer toutes les dimensions de la vie collective. |→ Écologie de la puissance : Approche qui vise à concilier développement et protection de l’environnement en misant sur la maîtrise technologique, la planification stratégique et la souveraineté. |→ Écologisme : Idéologie qui fait de la protection de l’environnement la valeur suprême, parfois au détriment des besoins humains. |→ Justice climatique : Concept qui vise à reconnaître la responsabilité historique des pays industrialisés dans le changement climatique et à exiger réparation. Il est souvent utilisé comme outil de négociation, mais rarement concrétisé. |→ Malthusianisme : Doctrine qui prône la limitation de la population comme solution aux problèmes de ressources. |→ Néguentropie : Capacité d’un système à produire et maintenir de l’ordre, de la complexité, de la valeur, contre la tendance naturelle à la désorganisation (entropie). |→ Transition énergétique : Processus de remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables. Sa mise en œuvre peut être source de dépendance si elle n’est pas maîtrisée souverainement.
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