1. Problématique fondamentale. L’histoire des peuples africains, et singulièrement celle du Congo, est une histoire de souffrances objectivement documentées. Esclavage, colonisation, prédation néocoloniale, guerres d’agression, pillage organisé, humiliations répétées — ce passé n’est pas un fantasme. Il est une réalité dont les traces continuent de structurer le présent. Mais une question, terrible et nécessaire, se pose : que fait-on de cette mémoire? Devient-elle un appel à la lucidité et à l’action, ou un prétexte à l’immobilité et à la plainte? Devient-elle le socle d’une reconstruction, ou l’alibi d’une éternelle démission? Car la posture victimaire, aussi légitime soit-elle dans son origine, produit des effets délétères lorsqu’elle s’installe comme rapport au monde. Elle désigne le coupable (et elle a raison) mais elle installe le sujet en position d’impuissance permanente. Elle attend réparation de l’extérieur (et elle a le droit d’attendre) mais elle suspend sa propre capacité d’agir à cette réparation qui ne vient jamais. Elle enferme dans la plainte, la résignation, le ressentiment. Le paradoxe est cruel : plus on se vit comme victime, moins on agit comme sujet. Plus on attend que l’autre répare, plus on remet à plus tard sa propre reconstruction. Or, la responsabilité n’est pas l’inverse de la reconnaissance des torts subis. Elle en est le complément nécessaire. Reconnaître que l’on a été victime, c’est faire acte de vérité.
Assumer que l’on peut agir malgré tout, c’est faire acte de liberté. La question n’est pas : «Qui nous a fait cela ?» — cette question est légitime et doit être posée. Elle est : «Que faisons-nous, à partir de là, de ce que nous sommes devenus ?» — cette question est la seule qui ouvre un avenir.
2. Ce que ce webinaire propose. Ce webinaire se veut un espace de réflexion exigeante sur les conditions d’un passage de la victimisation à la responsabilisation collective. Il ne s’agit pas de nier l’histoire, ni de pardonner l’impardonnable, ni d’absoudre les bourreaux. Il s’agit de sortir de la paralysie pour entrer dans la puissance d’agir. Nous explorerons ensemble des questions fondamentales : Qu’est-ce que la posture victimaire? Une stratégie de survie psychique, un outil politique, ou les deux? Comment distinguer la légitime revendication de justice de l’enfermement dans la plainte? Comment faire mémoire sans se laisser piéger par la mémoire? Le travail de vérité est nécessaire. Mais comment empêcher qu’il ne devienne une rumination stérile, une fixation qui empêche d’avancer? Quelle articulation entre justice historique et construction de l’avenir? Faut-il attendre réparation pour agir? La réparation peut-elle venir d’ailleurs que de nous-mêmes? Comment transmettre l’histoire aux jeunes générations sans leur léguer un fardeau de ressentiment? Comment faire d’eux des héritiers lucides, non des vengeurs attardés? Qu’est-ce que la responsabilité collective? Une simple addition de responsabilités individuelles, ou une qualité émergente du groupe, qui se construit, s’entretient, et se transmet? Comment réinstaller une culture de la responsabilité dans des sociétés où la prédation a été érigée en système? Comment passer de «chacun pour soi» à «tous ensemble»? Quel rôle pour les élites, les intellectuels, les artistes, les religieux dans cette transformation culturelle? Comment faire de la responsabilité une valeur désirable, incarnée, contagieuse? La responsabilité est-elle une charge ou une libération? Comment la présenter non comme un fardeau supplémentaire, mais comme la condition même de la dignité et de la puissance? Qui pour organiser et porter tout cela à son enracinement et appropriation?
3. Pourquoi ce webinaire est nécessaire. Parce que la posture victimaire, aussi compréhensible soit-elle, est devenue un obstacle majeur au développement. Elle nourrit l’attentisme, justifie l’inaction, paralyse l’initiative. Elle transforme des peuples potentiellement puissants en éternels quémandeurs. Parce que les forces de la prédation prospèrent sur cette paralysie. Un peuple qui se vit comme victime est un peuple qui ne se révolte pas, qui n’exige pas, qui ne construit pas. Il attend. Et en attendant, il se laisse dépouiller. Parce que la responsabilité n’est pas une notion abstraite. Elle est ce par quoi un individu devient sujet, ce par quoi un peuple devient acteur de son histoire. Sans elle, pas de développement durable, pas de démocratie vivante, pas de paix véritable. Parce qu’enfin, le moment est venu de renverser la table. Assez de la plainte éternelle. Assez de l’attente vaine. Assez de cette position d’enfant qui attend que l’adulte répare ses jouets. Nous sommes adultes. Nous sommes capables. Nous sommes responsables.
4. Une précision fondamentale. Ce webinaire n’appellera pas à l’oubli. Il n’invitera pas au pardon forcé. Il ne fera pas le jeu des puissances prédatrices en minimisant leurs responsabilités. Il partira au contraire d’un constat lucide : le système qui nous opprime n’a pas intérêt à ce que nous nous relevions. Il prospère sur notre impuissance, notre division, notre résignation. Se relever, c’est donc d’abord refuser cette position d’objet pour devenir sujet. La meilleure réponse à la prédation, ce n’est pas la plainte. C’est la construction d’une puissance qui rendra la prédation impossible.
5. À qui s’adresse ce webinaire. Aux citoyens ordinaires qui en ont assez de la plainte et veulent passer à l’action. Aux jeunes qui refusent d’hériter d’un fardeau de ressentiment et veulent construire. Aux élites qui comprennent que l’exemplarité est la première des responsabilités. Aux intellectuels qui veulent sortir de la critique stérile pour entrer dans la proposition. À tous ceux qui savent que la dignité ne se mendie pas, mais se conquiert.
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