Il est des nuits où les peuples dorment paisiblement, bercés par la certitude que le soleil se lèvera sur un monde conforme à leurs attentes. Il est d’autres nuits, plus longues, plus sombres, où l’horizon se dérobe et où le sommeil lui-même devient un refuge contre l’insoutenable clarté de la détresse. Le Congo a traversé ces nuits-là. Des nuits si longues que plusieurs générations ont grandi sans jamais connaître l’aube. Des nuits si sombres que beaucoup ont fini par croire que la lumière était une illusion, que la misère était notre lot, que la grandeur était une promesse faite à d’autres peuples, pas à nous. Mais une nuit, même longue, même terrible, n’est pas éternelle. L’histoire des peuples est faite de ces basculements où l’obscurité cède, où l’espérance renaît, où le possible se distingue soudain de l’impossible. Ces basculements ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont le produit d’une vision, d’une volonté, et d’un rêve suffisamment puissant pour arracher les consciences à la torpeur du désespoir. Ce rêve, nous devons le formuler. Non pas comme une utopie vague, une incantation sans consistance, mais comme un horizon structurant, ce vers quoi tendent tous nos efforts, toutes nos réformes, et tous nos sacrifices. Un horizon assez lointain pour nous obliger à penser au-delà de nos vies, mais assez proche pour orienter nos actions quotidiennes. Ce rêve, c’est le Rêve Congolais. Il n’est pas une copie du rêve américain, ni une imitation du rêve chinois, ni une pâle réplique des ambitions européennes. Il est notre rêve, né de notre histoire, de notre terre, de notre sang, et de notre génie propre. Il est la réponse que le Congo apporte à la question que l’univers pose à chaque peuple : que veux-tu devenir ? Cet essai se propose de formuler ce rêve dans toutes ses dimensions (philosophique, anthropologique, politique, et civilisationnelle). Non pas pour l’imposer, mais pour le proposer et ouvrir enfin le débat sur notre devenir. Car un rêve collectif ne se décrète pas. Il se construit, patiemment, par la confrontation des visions, par l’élaboration commune, par l’adhésion des cœurs et des esprits. Mais pour qu’il y ait débat, il faut qu’il y ait proposition. Voici la nôtre.
I. Fondements philosophiques : l’être congolais face à l’univers
1.1. Qu’est-ce qu’un rêve collectif ? Avant de formuler le Rêve Congolais, il faut comprendre ce qu’est un rêve collectif et à quoi il sert. Et dans notre perspective, un rêve collectif n’est pas une prédiction. Il ne dit pas ce qui arrivera, mais ce que nous voulons qui arrive. Il est un acte de volonté, pas un exercice de divination. En cela, il est orientation. Il fixe un cap, une direction, un horizon vers lequel tendre. Il ne décrit pas le chemin dans ses moindres détours, mais il indique la direction générale. Il permet de savoir, à chaque carrefour, si l’on avance ou si l’on recule, si l’on se rapproche ou si l’on s’éloigne. Un rêve collectif est aussi un moteur. Il donne aux individus une raison de se dépasser, de consentir des sacrifices, de travailler pour quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Il transforme l’énergie dispersée de millions d’ego en une force cohérente orientée vers un but commun. Sans rêve, les peuples survivent. Avec un rêve, ils construisent. Enfin, un rêve collectif est un miroir. Il dit qui nous sommes en disant qui nous voulons devenir. Il exprime nos valeurs profondes, nos aspirations les plus hautes, notre conception du bien, du beau, et du juste. Le rêve américain, par exemple, dit quelque chose de l’Amérique : la croyance en la mobilité sociale, en la réussite individuelle, et en la possibilité de recommencer. Le rêve chinois dit quelque chose de la Chine : la fierté d’une civilisation millénaire, la quête de la renaissance nationale, et la conviction que le collectif prime sur l’individu. Le Rêve Congolais devra dire quelque chose du Congo.
1.2. L’ancrage philosophique : l’Ubuntu comme matrice. Notre rêve ne peut pas être importé. Il doit être enraciné dans notre propre terre philosophique. Cette terre, c’est l’Ubuntu. L’Ubuntu, résumé par la formule «Je suis parce que nous sommes», n’est pas un simple slogan moral. C’est une ontologie, c’est-à-dire une conception de l’être. Elle affirme que l’existence humaine est fondamentalement coexistence. Que l’individu n’advient à lui-même qu’à travers la relation avec les autres. Cette conception a des implications profondes pour notre rêve. Elle signifie que la réalisation de soi n’est pas séparable de la réalisation collective. Que la liberté individuelle ne s’épanouit que dans une société libre. Que la dignité de chacun est liée à la dignité de tous. Le Rêve Congolais ne sera donc pas un rêve de réussite individuelle, d’enrichissement personnel, de distinction par rapport aux autres. Il sera un rêve de prospérité partagée, d’élévation collective, d’harmonie entre les parties et le tout. L’Ubuntu affirme aussi que la dignité humaine est inconditionnelle. Elle ne dépend pas de la richesse, du statut, de la naissance ou du mérite. Tout être humain, du plus humble au plus puissant, porte en lui une valeur absolue qui doit être respectée. Cette dignité a été constamment bafouée dans l’histoire congolaise. Par la colonisation, qui nous a traités comme des sous-hommes. Par la dictature, qui nous a réduits à des sujets. Par la guerre, qui a fait de nos corps des champs de bataille. Et par la prédation, qui a transformé nos vies en statistiques. Le Rêve Congolais sera la réparation de cette dignité. Il sera l’affirmation solennelle que tout Congolais, où qu’il soit, quelle que soit sa condition, a droit à la considération, au respect, à la possibilité de s’épanouir. L’Ubuntu enseigne enfin que nous sommes responsables les uns des autres. Le malheur de mon frère est mon malheur. Sa réussite est ma réussite. Cette interdépendance n’est pas une contrainte, mais une chance. Elle signifie que nous pouvons construire ensemble ce que nous ne pourrions jamais construire seuls. Le Rêve Congolais sera ainsi aussi un rêve de solidarité active. Non pas la charité qui humilie, mais l’entraide qui élève. Non pas l’assistanat qui maintient dans la dépendance, mais la coopération qui libère les énergies.
1.3. La Maât comme horizon. À l’ontologie de l’Ubuntu, il faut ajouter l’éthique de la Maât, héritée de la civilisation kamite. Maât, c’est d’abord la vérité. Non pas la vérité relative, subjective, changeante, mais la vérité objective, celle qui résiste à l’épreuve des faits et du temps. Une société sans vérité est une société qui se défait, où le mensonge triomphe, où la confiance s’effondre, et où la parole ne vaut plus rien. Le Rêve Congolais sera un rêve de vérité. Vérité sur notre passé, sans fard ni repentance. Vérité sur notre présent, sans complaisance ni déni. Et vérité sur nos possibilités, sans illusion ni faux espoirs. Maât, c’est aussi la justice. Non pas la justice formelle des tribunaux, mais la justice substantielle, celle qui rétablit l’équilibre quand il a été rompu. Une société sans justice est une société de prédateurs et de proies, où le fort écrase le faible, où le riche dépouille le pauvre, où le puissant échappe à toute sanction. Le Rêve Congolais sera un rêve de justice. Justice pour les victimes de l’histoire. Justice pour les humiliés et les offensés. Justice dans la répartition des richesses, dans l’accès aux opportunités, et dans la protection des plus vulnérables. Maât, c’est enfin l’ordre. Non pas l’ordre oppressif, celui qui écrase les libertés, mais l’ordre harmonieux, celui qui permet à chaque chose d’être à sa place et de remplir sa fonction. Sans ordre, pas de liberté possible, car la liberté du plus fort devient la servitude du plus faible. Le Rêve Congolais sera donc aussi un rêve d’ordre juste. Ordre dans les institutions, qui doivent fonctionner selon des règles claires et prévisibles ; ordre dans la société, où chacun doit pouvoir vivre sans craindre pour sa sécurité ; et ordre dans la relation à la nature, qui doit être préservée pour les générations futures.
2. L’anthropologie du Rêve : quel homme pour quelle civilisation ?
2.1. L’homme debout. Le Rêve Congolais vise à former un certain type d’homme : l’homme debout. C’est l’homme qui ne s’appuie pas sur les autres pour exister. Il a sa propre dignité, sa propre force, sa propre volonté. Il ne mendie pas, il ne quémande pas, et il ne s’abaisse pas. Il est sujet de son histoire, pas objet de l’histoire des autres. Cela ne signifie pas l’individualisme égoïste. L’homme debout sait qu’il a besoin des autres, mais il ne se dissout pas dans le groupe. Il est une personne, pas un simple maillon. Il a sa place, sa voix, et sa contribution unique. L’homme debout, c’est aussi celui qui regarde le monde en face. Il ne fuit pas la réalité, ne se voile pas la face et ne se réfugie pas dans les illusions. Il voit les problèmes, il les nomme, et il les affronte. Il regarde aussi l’histoire en face. Il n’oublie pas les souffrances, mais il ne s’y complaît pas. Il sait d’où il vient, mais il regarde où il va. Il est lucide, et non pas résigné. Enfin, l’homme debout est celui qui assume sa part de responsabilité dans le destin collectif. Il ne se défausse pas sur les autres, ne rejette pas la faute sur les circonstances, et n’attend pas que quelqu’un d’autre agisse à sa place. Il sait que la nation est une construction collective, que chacun doit y mettre du sien, et que l’avenir ne se reçoit pas, mais se conquiert.
2.2. Le citoyen-architecte. Le Rêve Congolais ne vise pas seulement l’homme individuel. Il vise aussi le citoyen, c’est-à-dire l’homme engagé dans la cité. C’est le citoyen conscient qui connaît ses droits, mais aussi ses devoirs. Il sait que la liberté ne va pas sans responsabilité, que les droits ne vont pas sans obligations, et que la démocratie ne fonctionne que si chacun participe. Il est informé des enjeux politiques, économiques, sociaux du pays, du continent et du monde. Il ne se contente pas des slogans, il exige des arguments. Il ne se laisse pas manipuler par les démagogues, il se forge sa propre opinion objectivement. Ce citoyen actif participe aussi. Il vote, bien sûr, mais il ne se contente pas de voter. Il s’engage dans sa communauté, dans son quartier, et dans son village. Il prend part aux débats, aux consultations, et aux décisions collectives. Il contrôle les gouvernants, il les interpelle, il les sanctionne quand ils trahissent leur mandat. Il ne se résigne pas à l’impuissance, il agit. Ce citoyen est enfin responsable. Il contribue en payant ses impôts non par contrainte, mais par conscience que c’est le prix de la civilisation. Il respecte la loi, non par peur, mais par conviction. Il protège les biens communs, non par obligation, mais par fierté.
2.3. Le bâtisseur de générations. Enfin, le Rêve Congolais vise l’homme comme maillon d’une chaîne qui le dépasse. L’homme est d’abord un héritier. Il reçoit de ses ancêtres une terre, une langue, une culture, et une histoire. Il n’en est pas le propriétaire, mais le dépositaire. Il doit les connaître, les respecter, et les honorer. Héritier, il n’est pas prisonnier du passé. Il en tire des leçons, des forces, des repères. Il sait d’où il vient pour mieux savoir où il va. Cet homme est aussi un transmetteur. Il doit léguer à ses enfants mieux que ce qu’il a reçu. Une terre plus fertile, des institutions plus justes, une culture plus vivante, et une histoire mieux comprise. Cette transmission n’est pas automatique et suppose un effort conscient, une éducation exigeante, et un souci constant des générations futures. C’est en outre un bâtisseur. Il construit, de ses mains et de son intelligence, l’édifice commun. Il sait que ce qu’il construit ne sera pas achevé de son vivant, mais il construit quand même, pour ceux qui viendront après lui. Vrai bâtisseur, il ne cherche pas la gloire personnelle. Il cherche à laisser une trace, à contribuer à l’œuvre commune, et à faire sa part.
3. La vision politique : quelle société voulons-nous ?
3.1. La République de la dignité. Le Rêve Congolais dessine les contours d’une certaine forme politique : la République de la dignité. Dans cette République, la personne humaine est la valeur suprême. Toutes les institutions, toutes les lois, toutes les politiques sont jugées à l’aune de leur capacité à protéger et promouvoir la dignité de chaque être humain. Cela signifie que nul ne peut être sacrifié au nom de l’intérêt général, que les plus vulnérables ont droit à une protection particulière, et que la recherche du bien commun ne justifie jamais l’écrasement des individus. Cela signifie aussi que l’égalité formelle devant la loi ne suffit pas mais qu’il faut une égalité réelle des chances et des conditions. Cela suppose de corriger les inégalités qui résultent de l’histoire, de la géographie, et de la naissance. Concrètement, ceci veut dire que l’école doit donner à tous les mêmes chances de réussite. Que la santé doit être accessible à tous, quel que soit le lieu de résidence ou le niveau de revenu. Et que la justice doit protéger le faible comme le fort. Mais cette liberté n’est pas l’absence de contraintes. Elle est la capacité d’agir en conscience, dans le respect des autres et du bien commun. Elle est inséparable de la responsabilité. Cette conception refuse à la fois l’individualisme libertaire, qui dissout le lien social, et le collectivisme autoritaire, qui écrase les personnes.
2.3. L’économie de la vie. Le Rêve Congolais dessine aussi une certaine forme économique : l’économie de la vie. Elle repose sur le principe que l’économie n’est pas une fin en soi, et dit qu’elle est un moyen au service de la vie. Produire, c’est créer les conditions matérielles de l’existence. Accumuler, c’est thésauriser pour le futur. Mais l’accumulation pour l’accumulation est une folie. L’économie de la vie vise à satisfaire les besoins de tous, pas à enrichir quelques-uns. Elle privilégie la production utile sur la spéculation stérile, le travail créateur sur la rente parasitaire, et l’innovation au service du bien commun sur l’innovation au service du profit privé. Cette économie de la vie est donc nécessairement souveraine. Elle ne dépend pas des décisions prises ailleurs, des fluctuations des marchés mondiaux, des caprices des investisseurs étrangers, etc. Elle produit ce dont le peuple a besoin, avec les ressources du pays, par le travail des nationaux. Cela ne signifie pas l’autarcie, mais la maîtrise. Ouvrir son économie au monde, oui, mais à condition de le faire en position de force, pas de faiblesse. Échanger avec les autres, oui, mais à condition que l’échange soit équitable, pas inégal. Enfin, cette économie de la vie est écologique, non par culpabilité, mais par intelligence. Elle sait que la nature n’est pas un réservoir inépuisable, mais le patrimoine commun des générations. Elle sait que la pauvreté est le plus grand pollueur, et que la richesse bien employée peut protéger l’environnement. Elle refuse l’écologie de la décroissance et ses idéologies (malthusienne, eugéniste,…), qui condamne les pauvres à rester pauvres. Elle assume l’écologie de la puissance, qui utilise la technologie pour produire plus avec moins, pour réparer ce qui a été dégradé, et pour inventer des modes de production soutenables.
2.4. La cité de l’harmonie. Le Rêve Congolais dessine enfin une certaine forme sociale : la cité de l’harmonie. Le Congo est un pays de diversité exceptionnelle. Plus de deux cents tribus (anciennes nations), quatre langues nationales, des cultures, des traditions, et des modes de à la fois liés et variés,…. Cette diversité n’est pas un problème à résoudre, mais une richesse à valoriser. Et ce par l’harmonie qui n’est pas l’uniformité, mais qui est l’unité dans la diversité, et la capacité de différentes parties à former un tout cohérent sans perdre leur spécificité. La cité de l’harmonie repose aussi sur la solidarité. Non pas la solidarité abstraite des discours, mais la solidarité concrète, organisée, et institutionnalisée. Elle se manifeste par des mécanismes de redistribution qui assurent à chacun sa part ; des services publics qui garantissent l’accès de tous aux biens essentiels ; et des protections qui sécurisent les plus vulnérables. La cité de l’harmonie assure par ailleurs la paix par la justice. La paix n’est pas l’absence de conflit. Elle est l’état où les conflits peuvent se résoudre sans violence, parce que des institutions justes permettent à chacun de faire valoir ses droits. La cité de l’harmonie est en fait une cité de justice. Justice dans la répartition des richesses. Justice dans l’accès aux opportunités. Justice dans la sanction des torts. Et justice dans la réparation des préjudices.
4. La vision civilisationnelle : le Congo comme matrice
4.1. La nation-civilisation. Le Rêve Congolais ne vise pas seulement un État prospère ou une société harmonieuse. Il vise une nation-civilisation. Pour rappelle, une civilisation n’est pas seulement un ensemble de réalisations matérielles. C’est aussi une vision du monde, une manière de comprendre l’homme et sa place dans l’univers, un système de valeurs, un style de vie, une conception du beau, du bien, du vrai, etc. Une civilisation rayonne, attire, inspire, et influence. Elle ne se contente pas d’exister ; elle propose. Elle ne se contente pas de produire ; elle crée. Elle ne se contente pas de durer ; elle laisse une trace. Le Congo, par sa position géographique, par son histoire, par sa diversité, par ses ressources, et par sa jeunesse, a vocation à devenir une matrice civilisationnelle. Non pas pour imposer son modèle, mais pour proposer une voie. Non pas pour dominer, mais pour contribuer. Et la civilisation congolaise que nous voulons sera fondée sur les valeurs de l’Ubuntu, sur la quête de Maât, sur l’alliance de la tradition et de la modernité, de la science et de la sagesse, de la puissance et de la justice. Elle devra rayonner. Mais rayonner ne signifie pas dominer. La civilisation congolaise ne cherchera pas à imposer sa vision, mais à la proposer. Elle accueillera les apports des autres civilisations, les intégrera, et les transcendra. Elle sera ouverte et non pas fermée ; curieuse et non pas dogmatique. Son ambition n’est pas la conquête, mais la contribution.
4.2. Les piliers de la civilisation congolaise. La civilisation congolaise sera une civilisation de la science et de la technologie, mais pas n’importe comment. La science ne sera pas un fétiche, mais un outil. La technologie ne sera pas une fin, mais un moyen. Il s’agira de maîtriser les forces de la nature pour mieux servir la vie, pas pour la détruire. De développer l’intelligence artificielle, mais en gardant l’humain au centre. D’explorer l’espace, mais en restant fidèles à la terre. De plus, la civilisation congolaise sera une civilisation de l’art et de la culture. La musique, la danse, la peinture, la sculpture, la littérature, le cinéma,… ne seront pas un supplément d’âme, mais l’expression même de l’âme nationale. Les artistes seront reconnus comme des bâtisseurs et non comme des amuseurs. La création sera encouragée, soutenue, et valorisée. La beauté sera partout présente, dans les villes, dans les villages, et dans les objets du quotidien. En outre, la spiritualité sera tenue comme ouverture à la transcendance. La civilisation congolaise sera spirituelle, mais pas dogmatique. Elle reconnaîtra la dimension sacrée de l’existence, le mystère qui dépasse toute compréhension, et l’élan qui porte l’homme au-delà de lui-même. Cette spiritualité ne sera pas enfermement, mais ouverture. Elle dialoguera avec toutes les traditions religieuses, apprendra de leurs sagesses, et partagera ses propres trésors. Enfin, la civilisation congolaise sera éthique. Avec la vie comme critère indépassable, elle saura distinguer le bien du mal, le juste de l’injuste, le beau du laid. Elle aura ainsi des valeurs et des principes. Elle ne se laissera pas emporter par tous les vents de la mode et de l’idéologie. L’éthique sera enseignée dès l’école, pratiquée dans les institutions, incarnée par les dirigeants. Elle sera le garde-fou contre les dérives du pouvoir, de l’argent, et de la technique.
4.3. Le Congo dans l’univers. La vision civilisationnelle du Rêve Congolais ne s’arrête pas aux frontières de la nation. Elle embrasse l’univers. En effet, l’homme n’est pas seul. Il est un point dans l’immensité du cosmos, un maillon dans la chaîne de la vie, un instant dans l’éternité. Prendre conscience de cette dimension, c’est à la fois s’humilier et s’élever. S’humilier devant l’immensité qui nous dépasse. Mais aussi s’élever en prenant la mesure de notre vocation et de notre responsabilité. Le Rêve Congolais assume cette dimension cosmique. Il veut former des hommes et des femmes capables de penser l’univers, de s’émerveiller devant ses mystères, et de contribuer à sa compréhension. Cela commence ici sur Terre. Le Congo, par sa forêt, par son fleuve, par sa biodiversité, a une responsabilité planétaire. Ce qui se passe ici affecte le climat du monde entier. Ce qui est préservé ici bénéficie à toute l’humanité. Le Rêve Congolais assume cette responsabilité. Il ne s’agit pas de se sacrifier pour les autres, mais de prendre la mesure de notre importance et d’agir en conséquence. Protéger la forêt, c’est protéger le monde. Développer des technologies propres, c’est contribuer à la survie de l’humanité. Mais ce qui commence ici n’est pas censé finir ici. Le Le Rêve Congolais est ainsi celui d’une humanité cosmique par la contribution décisive des valeurs et des technologies et savoirs africains et congolais.
5. La traversée du siècle : 2030-2130
5.1. Le temps long comme exigence. Le Rêve Congolais ne se réalisera pas en un jour, ni en un mandat, ni même en une génération. Il suppose une traversée du siècle, cent ans d’efforts, de sacrifices, et de construction patiente. Cette traversée peut être pensée en trois âges. L’Âge I (2030-2050) est celui de la survie organisée, qui visera et consistera à refaire le socle, rétablir l’ordre, et reconstituer la nation. C’est l’époque où l’on pose les fondations. L’Âge II (2050-2080) est celui de la grande ascension, qui visera et consistera à industrialiser et rayonner sur le continent. C’est l’époque où l’on construit les cathédrales. Et l’Âge III (2080-2130) sera celui de l’accomplissement civilisationnel, faisant du Congo une matrice morale, scientifique et géopolitique de premier rang mondial. C’est l’époque où l’on habite les cathédrales. Chaque âge a ses défis, ses urgences, ses priorités. Mais tous sont orientés par le même rêve, tendus vers le même horizon. Cette traversée exige une patience active. Patience, parce que les fruits ne seront pas pour nous. Active, parce que nous devons travailler chaque jour comme si tout dépendait de nous. Le bâtisseur de cathédrales sait qu’il ne verra pas l’édifice achevé. Mais il construit quand même, avec la même ferveur que s’il devait l’habiter. Il travaille pour ceux qui viendront après lui. Cette traversée exige aussi la transmission. Chaque génération doit transmettre à la suivante non seulement des acquis matériels, mais aussi et surtout une vision, une flamme, et un rêve. Les parents doivent parler du Rêve Congolais à leurs enfants. Les maîtres doivent l’enseigner à leurs élèves. Les aînés doivent le rappeler aux plus jeunes. Ainsi, de génération en génération, la flamme ne s’éteindra pas.
5.2. Les conditions de la réussite. Pour que le Rêve Congolais devienne réalité, plusieurs conditions doivent être réunies. La première condition est la volonté politique. Il faut des dirigeants qui croient au rêve, qui l’incarnent, et qui le portent. Des dirigeants qui pensent au-delà de leur mandat, qui préparent l’avenir, et qui acceptent de payer le prix de la grandeur. Cette volonté ne se décrète pas. Elle se construit, par l’éducation, par la pression citoyenne, et par l’émergence d’une élite éclairée. La deuxième condition est l’adhésion populaire. Le rêve ne peut pas être imposé d’en haut. Il doit être approprié par le peuple, devenir sa chose, son horizon, sa raison d’espérer et d’agir. Cette adhésion suppose un travail pédagogique immense. Expliquer, convaincre, mobiliser. Pas par la propagande, mais par la démonstration. Pas par la manipulation, mais par la preuve. La troisième condition est la formation des élites. Le rêve a besoin de porteurs compétents, intègres, et déterminés. Des hommes et des femmes formés dans des institutions d’excellence, imprégnés de la vision, et capables de la traduire en actes. L’Ordre des Bâtisseurs, le Complexe Universitaire Patrice Lumumba, l’Académie Nationale des Sciences, des Ingénieries, des Technologies et de la Médecine sont les institutions pépinières du rêve. Elles doivent être mises en places. La quatrième condition est la mobilisation des ressources. Le rêve a un coût. Il faut des écoles, des routes, des usines, des laboratoires, des hôpitaux, etc. Il faut donc de l’argent, beaucoup d’argent. Cet argent, il ne faut pas le mendier à l’extérieur. Il faut le produire ici, par le travail, par la transformation de nos ressources, et par l’épargne nationale. Il faut aussi le gérer avec rigueur, transparence, et efficacité. Enfin, le rêve doit être protégé. Protégé des ennemis extérieurs qui voudraient l’étouffer. Protégé des prédateurs intérieurs qui voudraient le détourner. Et protégé de l’usure du temps, de la fatigue, et du découragement. Cette protection suppose des institutions solides, une vigilance citoyenne permanente, et une capacité de résistance aux pressions de toutes sortes.
Épilogue : Le Rêve, maintenant
1. Le but à réaliser est de bâtir au cœur de l’Afrique une nation-civilisation puissante, dissuasive et sur plusieurs points supérieure à celle des autres peuples, c’est-à-dire de fonder une nation-civilisation brillante sur le plan culturel, scientifique, militaire, économique et politique, et capable de défendre de façon dissuasive les intérêts de l’homme noir dans la course de l’Histoire. Il est plus que jamais temps que tous les citoyens congolais se rendent et soient rendus capables de concevoir la félicité d’une telle nation-civilisation et de s’engager sa réalisation. Cette félicité, nous la définissons pour notre part dans la vision du Rêve Congolais, qui est l’acte d’espérance que tous les jeunes doivent connaître dès leur berceau, le cœur de notre vision et l’essence de notre engagement. Vision infinie, ce rêve d’un nouveau Congo/Congo nouveau, est :
2. «Que depuis les bords de l’Atlantique, sur les rives de notre majestueux Fleuve Congo et dans les profondeurs où règne encore la forêt, que naissent des villes opulentes, enrichies de musées, d’objets d’art et de monuments, attirant à leurs écoles toute une jeunesse éprise des choses de l’esprit et championne des sciences; des campagnes riantes aux voies bordées d’arbres, aux habitations coquettes, aux champs couverts d’une luxuriante végétation, dirigés vers un idéal éternel avec des systèmes politique et économique inclusifs dans une Nouvelle Afrique puissante et réconciliée avec elle-même. C’est l’idée d’une Nation enchantée dans laquelle la liberté d’entreprendre et de penser seront garanties, dans laquelle le droit à la vie, à la recherche du bonheur et à la sécurité sociale, économique et le bien-être seront généraux, et dans laquelle l’on ne connaîtra pas l’abus des grandes fortunes ou des individus tout puissants ; où l’agriculture, l’environnement, le commerce, les sciences et les arts seront les priorités, où les jeunes seront préparés à porter génération après génération le mieux possible plus haut, plus loin et au-dessus de toutes les nations le flambeau de la supériorité de la civilisation bantu, où la justice sociale et les valeurs humanistes seront la plus grande part de la structure sociale, le tout les regards tournés vers Dieu principe et fin de toute chose. Pour cela, nous avons des voies à ouvrir à mille activités renfermées, abandonnées ou inexploitées, des terres à peupler et à cultiver, des routes, villes, écoles, et usines à construire, eaux et cieux à explorés, des recherches et connaissances à initier et à produire, la liberté de disposer de toutes nos richesses à reconquérir,… un potentiel à libérer, une patrie à faire grande et prospère, un continent à rendre brillant, et un monde à rendre heureux».
3. Telle est, dans la continuité du rêve de Patrice Lumumba, la seule visée de notre engagement. Ce rêve congolais, n’est-il pas une raison suffisante pour nous pousser à agir en donnant le meilleur de nous-même pour construire une autre société? N’est-il donc pas en elle-même un puissant facteur de progrès? Nous pensons que oui. Nous travaillons donc pour elle sans mettre en avance ni nos préférences personnelles, ni nos convenances de groupe, d’ethnie, de tribu ou de parti, et moins encore nos goûts ou nos dégoûts, nos penchants et nos volontés, convaincus que quelles que soient les différences des mœurs ou des idées, il existe des principes et idéaux supérieurs et des communautés de sentiment plus profondes qui doivent être le principe et la fin de tout véritable engagement pour sauver la RDC et l’Afrique. Naturellement, ce rêve, pousse au travail comme signe de la charité, cette charité est nourrie par notre foi, et cette foi est soutenue par notre espérance, et toutes trois nous gardent confiant, persévérant et fixé à notre unique but : notre salut comme Nation-Civilisation Africaine.
4. Le Rêve Congolais est ainsi formulé. Par cette vision, il prend forme, consistance et épaisseur. Il n’est plus une vague aspiration, mais un horizon structurant, une boussole pour l’action. Reste à le réaliser. Cela ne se fera pas par la magie d’un discours, ni par la volonté d’un homme providentiel, ni par un coup de baguette magique. Cela se fera par le travail patient, obstiné, quotidien de millions de femmes et d’hommes qui auront décidé de croire en l’avenir. Cela se fera par l’instituteur qui, dans sa classe de brousse, transmettra le rêve à ses élèves. Cela se fera par l’ingénieur qui concevra le pont ou le barrage. Cela se fera par le médecin qui soignera les malades. Cela se fera par l’agriculteur qui fertilisera la terre. Cela se fera par l’entrepreneur qui créera des emplois. Cela se fera par le soldat qui défendra la patrie. Cela se fera par le juge qui rendra la justice. Cela se fera par l’artiste qui exprimera l’âme nationale. Cela se fera par le parent qui élèvera ses enfants dans l’amour du pays. Ce Rêve Congolais n’est pas une destination. Il est un chemin qui commence aujourd’hui, ici, maintenant, avec chacun de nous. Il n’attend pas. Il ne nous attendra pas. Il se réalise par ceux qui agissent, et non pas par ceux qui regardent. Alors, levons-nous. Et marchons.